Les femmes exemplaires

Mercredi 6 février 2008
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Asmâ' Bint Abû Bakr, qu'Allâh les agrée tous deux, appartenait à une famille Musulmane distinguée. Son père, Abû Bakr, était un proche ami du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), et à sa mort, devint le premier Calife. Sa demie sœur `Â'ishah, la Mère des Croyants, (qu'Allâh l'agrée) était l'une des épouses du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Son époux, Az-Zubayr Ibn Al-`Awwâm, était un auxiliaire personnel du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Son fils, Abdullâh Ibn Az-Zubayr, se rendit célèbre par son intégrité et son absolue dévotion pour la vérité.

Asmâ' elle-même était l'une des premières à embrasser l'Islam. Seuls dix-sept personnes environ, hommes et femmes confondus, devinrent musulmans avant elle. Plus tard , elle fut surnommée Dhât An- Nitâqayn (la femme aux deux ceintures), à cause d'une anecdote liée à l'émigration (hijrah) historique du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et de son père Abû Bakr de la Mecque vers Médine.

Asmâ' était l'une des rares personnes au courant des projets du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), qui avait pris la résolution de partir pour Médine. Le plus grand secret devait être gardé, car Quraïsh voulait la mort du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). La nuit de leur départ, Asmâ' leur prépara un sac de provisions ainsi que de l'eau pour leur voyage. Comme elle ne trouva rien pour attacher les récipients, elle décida d'utiliser sa ceinture (nitâq). Abû Bakr lui suggéra de la fendre en deux morceaux, ce qu'elle fit, et le Prophète(paix et bénédiction de Dieu sur lui) loua son geste. Depuis, elle fut connue comme étant " la femme aux deux ceintures".

Lorsque la dernière émigration vers Médine eut lieu, après le départ du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), Asmâ' était enceinte. Cependant, ni sa grossesse, ni la perspective d'un voyage long et pénible ne la dissuadèrent de partir. Des qu'elle fut parvenue à Qobâ, aux abords de Médine, elle mit au monde son fils Abdullâh. Les musulmans s'exclamèrent: 'Allâhou Akbar! ' (Allâh est Le plus Grand) et la Ilâha illâ Allâh ! (il n'y a point d'autre Dieu qu'Allâh), mus par la joie et la gratitude, car Abdullâh fut le premier né parmi les Muhâjirîn (émigrés) a Médine.

Asmâ' devint célèbre pour ses qualités nobles et admirables et pour son intelligence accrue. Elle était extremêment généreuse, ce qui fit dire à son fils Abdullâh: "Je n'ai jamais connu personne d'aussi généreux que ma tante `Â'ishah et ma mère Asmâ'. Mais leur générosité s'exprimait de facon différente. Ma tante accumulait les choses une à une jusqu'à ce qu'elle en eut suffisemment pour ensuite les redistribuer aux nécessiteux. Ma mère, quant à elle, ne gardait rien, même pas pour le lendemain".

La présence d'esprit d'Asmâ' dans les moments difficiles était remarquable. Lorsque son père quitta La Mecque, il emporta toute sa fortune, qui s'évaluait à six mille dirhams, et ne laissa rien à sa famille. Quand Abû Quhâfa, le père d'Abû Bakr qui était encore un mushrik (associateur) apprit son départ, il se rendit à sa demeure et dit a Asmâ: "j'ai appris qu'il vous avait dépossédés de votre argent et vous avait abandonnés", 'Non, grand-père, répondit Asmâ', en fait il nous a laissé beaucoup d'argent". Elle prit des cailloux et les déposa dans une niche du mur où ils avaient pour habitude de garder l'argent. Elle les recouvrit d'un linge, puis prenant la main de son grand père qui était aveugle, dit : "Vois combien d'argent il nous a laissé".

En usant de ce stratagéme, Asmâ' voulait dissiper les craintes du vieil homme et éviter qu'il ne leur donna quelque chose de ses propres richesses. Et ce parce qu'elle détestait recevoir de l'aide d'un mushrik (associateur), fut-il son propre grand-père. Elle observait un comportement similaire vis-à-vis de sa mère et n'était pas disposée à compromettre son honneur et sa foi. Un jour, sa mère Qutaylah vint lui rendre visite à Médine. Elle n'était pas musulmane et était divorcée de son père depuis l'époque pré-islamique. Elle lui apporta des raisins secs, du beurre clarifié, et d qaraz (des cosses de bois de santal).

Dans un premier temps Asmâ' refusa de l'admettre dans sa demeure , et n'accepta pas les présents. Elle envoya quelqu'un chez `Â'ishah pour s'informer auprès du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) de l'attitude à adopter à l'égard de sa mère, il répondit qu'elle devait certainement la recevoir en sa demeure et accepter les présents. C'est à cette occasion que les versets suivants furent révélés au Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui): "Allâh ne vous défend pas d'être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allâh aime les équitables. * Allâh vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattu . Ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes" [Sourate 60-Al Mumtahanah (l'éprouvée), versets 8-9]

Au début , la vie à Médine était dure pour Asmâ', et tel était le cas pour beaucoup de Musulmans. Son mari était assez pauvre et ne possédait qu'un cheval qu'il avait acheté. Asmâ' décrivit ces jours d'antan en ces termes: "Je me chargeais d'apporter du fourrage au cheval, de lui donner de l'eau et de le brosser. Je devais également moudre du grain et en faire du levain, mais je n'étais pas très douée pour la cuisson du pain. Les femmes de la tribu des Ansars le faisaient pour moi. C'étaient des femmes d'une grande bonté. Je transportais le grain sur ma tête depuis le potager que cultivait Az-Zubayr, et qui lui avait été attribué par le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui). Il se trouvait a trois farsakh (environ 8 km) du centre de la ville. Un jour, je me trouvais sur la route portant du grain sur la tête lorsque je rencontrai le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui) et un groupe de Compagnons. Il m'appela et arrêta son chameau de sorte que je puisse monter. j'étais gênée de voyager avec le Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui), tout en songeant à la jalousie de Az-Zubayr - il était le plus jaloux des hommes - Le Prophète(paix et bénédiction de Dieu sur lui) réalisa que j'étais embarrassée et poursuivit son chemin. Plus tard, Asmâ' rapporta exactement ce qui s'était passé à Az-Zubayr qui dit: 'Par Allâh! Le fait que tu sois obligée de porter ce grain m'est plus pénible que de te voir partager la monture du Prophète (paix et bénédiction de Dieu sur lui)".

Asmâ' était manifestement une femme sensible et dévouée. Elle et son mari travaillèrent extrêmement dur jusqu'à ce que leur situation s'améliore progressivement. Cependant il arrivait qu'Az-Zubayr la traita durement. Un jour, elle alla s'en plaindre à son père. Il lui fit cette réponse : "Ma fille, fais donc preuve de patience, car si une femme à un époux vertueux et qu'elle ne se remarie pas après sa mort, ils seront de nouveau réunis au Paradis".

Az-Zubayr finit par devenir un des hommes les plus riches parmi les Compagnons, mais en aucun cas cela remit en question les principes d'Asmâ'. Son fils Al-Mundhir lui envoya une fois une robe très élégante, faite d'une étoffe coûteuse et raffinée. Asmâ', devenue aveugle, dit en touchant le tissu: "C'est affreux. Rends-la lui". Al-Mundhir en fut bouleversé et dit: "Mère, elle n'est pourtant pas transparente". "Elle n'est peut-être pas transparente, rétorqua-t-elle, mais elle trop étroite et laisse deviner les pourtours du corps".

Si les événements et aspects de la vie d'Asmâ' cités ci-dessus pouvaient être oubliés, sa dernière rencontre avec son fils Abdullâh devrait rester l'un des moments les plus mémorables du début de l'Histoire de l'Islam. Lors de cette rencontre elle montra l'acuité de son intelligence, la fermeté de sa résolution et l'intensité de sa foi. Abdullâh aspirait au Califat après la mort de Yazîd Ibn Mu`âwiyah. Le Hijâz, l'Egypte, l'Irak, le Khorasân et une grande partie de la Syrie lui étaient favorables et le proclamèrent Calife. Toutefois les Omeyyades continuèrent de contester ce Califat et dressèrent une armée formidable sous les ordres d'Al-Hajjâj Ibn Yûsuf Ath-Thaqafî. Des batailles implacables furent livrées entre les deux camps, durant lesquelles Abdullâh Ibn Az-Zubayr s'illustra par ses actes de bravoure et d'héroïsme.


Malgré cela plusieurs de ses partisans ne purent supporter la contrainte persistante de la guerre et finirent par déserter peu a peu. Il se réfugia dans la Mosquée Sacrée de La Mecque et c'est là qu'il alla trouver sa mère, qui était alors vieille et aveugle, et dit: Que la paix soit sur toi, mère et la clémence et la grâce d'Allâh". "Et que sur toi soit la paix, Abdullâh' répondit-elle. Qu'est-ce qui t'amène ici à cette heure alors qu'au Haram (Mosquée Sacrée), les catapultes d'Al-Hajjâj font pleuvoir sur tes soldats des blocs de pierres qui secouent les maisons de La Mecque?". 'Je viens te demander conseil", dit-il. "Me demander conseil ?'' s'étonna-t-elle. "A quel sujet?". "Les gens m'ont abandonné par crainte d'Al-Hajjâj ou alors parce qu'ils se sont laissés tenter par ce qu'il avait à leur offrir. Même mes enfants et ma famille m'ont quitté. Il ne reste plus qu'une poignée d'hommes, qui, bien que vaillants et dévoués, ne résisteront pas plus d'une heure ou deux. Les messagers des Banû Omayyah (les Omeyyades) sont dès à présent en train de négocier avec moi, m'offrant n'importe quelle richesse que je pourrai nommer. Devrais-je rendre les armes et prêter serment d'allégeance à Abd Al-Malik Ibn Marwan. Qu'en penses-tu". Elle répondit en élevant la voix: "C'est ton combat, Abdullâh, et tu te connais mieux que quiconque. Si tu penses que tu as raison et que tu défends la vérité, alors ne baisse pas les bras et bats-toi, à l'instar de tes compagnons qui ont persévéré et sont morts sous ton drapeau. Si toutefois tu désirais ce monde, quel pauvre malheureux tu serais. Tu te seras détruit, et tu auras détruit tes hommes". "Mais, dit-il, je serai tué aujourd'hui, sans aucun doute..". "Cela vaut bien mieux que de te rendre à Al-Hajjâj volontairement et que des esclaves de Banû Omayya jouent avec ta tête". "Je n'ai pas peur de la mort, dit-il, je crains seulement d'être mutilé". Et sa mère de lui signaler : "Il n'y a rien après la mort qu'un homme puisse craindre. Un mouton, une fois égorgé, ne ressent pas la douleur du dépeçage". Le visage d'Abdullâh s'illumina et il dit : "Quelle mère vénérable! Sois bénie pour la noblesse de tes qualités! Je suis venu à toi en cet instant pour entendre ce que j'ai entendu. Dieu sait que je n'ai pas faibli ni désespéré. Il est Témoin que je n'ai pas combattu par amour de ce monde et ses tentations mais uniquement par colère pour l'Amour d'Allâh car Ses limites ont été transgressées. Et me voici, m'en allant vers ce qui te réjouit. Donc si j'étais tué, ne t'afflige pas et rends-moi grâce auprès d'Allâh". "Je ne m'affligerais, dit Asmâ' - vieillie mais résolue - que si tu étais tué pour une cause vaine et injuste". "Sois assurée que ton fils n'a pas soutenu une cause injuste, qu'il n'a commis aucune mauvaise action, qu'il ne s'est rendu coupable d'aucune injustice envers un musulman ou un dhimmi (non musulman vivant dans la société musulmane), et qu'il n'y a rien de plus plaisant à ses yeux que la Satisfaction d'Allâh, Le Tout Puissant, Le Plus Grand. Je ne dis pas cela pour alléger ma conscience. Dieu sait que je l'ai dit uniquement pour raffermir et rassurer ton Coeur". "Louange à Allâh qui t'a fait agir conformément à ce qu'Il aime et ce que j'aime. Viens plus près de moi mon fils, que je puisse sentir et humer ton corps car cette rencontre est peut-être la dernière". Désignant son armure, elle dit: "Ceci, mon fils, n'est pas l'accoutrement de celui qui desire le martyre. Ôte-le. Cela rendra tes mouvements légers et rapides. Revêts plutôt ton sirwal (un long sous-vêtement) de sorte que si tu étais tué ta `awrah (partie intime) ne serait pas exposée".

Abdullâh retira son armure et mit son sirwal. Alors qu'il s'en allait vers le Haram pour rejoindre le combat, il dit: "mère, ne me prive pas de tes dou'a (prières)". Levant ses mains au ciel elle pria: "O Seigneur, aie pitié pour ses longues heures de veille et ses sanglots dans les ténèbres de la nuit pendant que les gens dormaient. O Seigneur aie pitié pour sa faim et sa soif durant son voyage de Médine à La Mecque alors qu'il jeûnait. O Seigneur bénis sa bienfaisance envers sa mère et son père. O Seigneur je lui rends grâce pour Ta cause et je me réjouis de tout ce que tu auras décidé pour lui. Et accorde-moi en hommage pour lui, la récompense de ceux qui sont patients persévérants".

A la tombée de la nuit, Abdullâh était mort. A peine une dizaine de jours plus tard, sa mère mourut à son tour. Elle était alors âgée de cent ans. l'âge ne l'avait pas rendue infirme et n'avait pas altéré la vivacité de son esprit.


source : http://plumelivre.free.fr

Par La Perle Protégée
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Mercredi 6 février 2008
red_flower.gif Nous ne connaissons pas précisément les circonstances qui ont fait que la jeune fille abyssine se retrouva esclave à vendre à la Mecque. Nous ne savons rien de ses racines, de sa mère, de son père ou de ses ancêtres.


Ils furent très nombreux comme elle, filles et garçons, arabes et non-arabes, capturés puis mis en vente sur le marché aux esclaves de la ville. Un terrible sort attendit certains d’entre eux qui se retrouvèrent aux mains de maîtres ou de maîtresses cruels qui les firent travailler comme des bêtes de somme et les traitèrent avec une dureté extrême.


Dans cet environnement hostile, rares furent ceux qui eurent plus de chance et qui rejoignirent les foyers de gens gentils et attentionnés.

Barakah- que Dieu l’agrée - la jeune fille abyssine, fit partie des plus chanceux. Elle fut achetée par le généreux et aimable `Abdullah, le fils d’Abd al-Muttalib. Elle devint l’unique servante de son foyer et lorsqu’il se maria avec la Dame Amina, elle s’occupa d’elle également.

Deux semaines après leurs noces, selon Barakah - qu’Allah l’agrée - le père d’Abdullah vint chez eux et ordonna à son fils de se joindre à une caravane marchande en partance pour la Syrie. Amina en fut profondément attristée et s’écria :
" Que c’est étrange ! Que c’est étrange ! Comment mon mari peut-il partir pour un voyage marchand pour la Syrie alors que je suis encore une jeune mariée et que mes mains portent encore les traces de henné ? "

Le départ d’Abdullah fut déchirant. L’angoisse d’Amina fut si forte qu’elle s’évanouit. Barakah- qu’Allah l’agrée - raconte : " Lorsque je vis qu’Amina était inconsciente, je me mis à hurler de tristesse et de douleur : " O maîtresse ! " Amina ouvrit les yeux et me regarda ; les larmes coulaient abondamment sur son visage. Tout en réprimant un soupir, elle me dit : " Aide-moi à me coucher, Barakah. "

" Amina resta longtemps clouée au lit . Elle ne parla à personne. Elle ne regarda aucun de ceux qui lui rendirent visite, excepté `Abd Al-Muttalib, ce noble et brave vieil homme. " Deux mois après le départ d’Abdullah, Amina m’appela à l’aube un matin et me dit, son visage rayonnant de bonheur :

" O Barakah ! J’ai vu quelque chose d’étrange en rêve. "
" Quelque chose de bon, maîtresse " lui dis-je
" J’ai vu des lumières venant de mon ventre éclairant les montagnes, les collines et les vallées autour de la Mecque. "
" Etes-vous enceinte, maîtresse ? "
" Oui Barakah, " répondit-elle " Mais je ne ressens aucune des gênes que ressentent les autres femmes. "
" Vous allez donner naissance à un enfant béni qui apportera le bien ", lui dis-je.

Aussi longtemps que `Abdullah demeura absent, Amina fut triste et mélancolique. Barakah - qu’Allah l’agrée - resta à ses côtés et essaya de la réconforter et de l’égayer en lui parlant et en lui racontant toutes sortes d’histoires.

Cependant, Amina fut encore plus chagrinée lorsque `Abd Al-Muttalib vint lui dire qu’elle devait quitter sa maison et aller dans les montagnes comme l’avaient fait tous les mecquois et ceci, dans la crainte d’une attaque imminente du roi du Yémen, un dénommé Abraha. Amina lui répondit qu’elle était bien trop affligée et faible pour partir pour les montagnes. Elle insista sur le fait qu’Abraha ne pourrait jamais entrer à la Mecque et détruire la Ka`bah car celle-ci était protégée par le Seigneur - Exalté soit-Il. Abd Al-Muttalib devint très agité alors qu’il n’y avait, sur le visage d’Amina, pas le moindre signe de crainte. Sa certitude que la Ka`bah ne serait pas touchée était fondée. L’armée d’Abraha conduite par un éléphant en avant-garde fut détruite avant qu’elle puisse entrer à la Mecque.

Jour et nuit, Barakah - qu’Allah l’agrée - veilla sur sa maîtresse. Elle raconte : " Je dormais au pied de son lit et j’entendais ses gémissements la nuit lorsqu’elle appelait son mari absent. Ses souirs me réveillaient et je tentais de la réconforter et de lui donner du courage. "

La première partie de la caravane qui se rendit en Syrie rentra et fut joyeusement accueillie par les les familles des commerçants de la Mecque. Barakah - qu’Allah l’agrée - se rendit secrètement à la demeure d’Abd Al-Muttalib pour avoir des nouvelles d’Abdullah mais il ne put lui en donner aucune. Elle retourna auprès d’Amina sans rien lui dire de ce qu’elle vit ou de ce qu’elle entendit de peur de l’attrister davantage. Finalement, la caravane toute entière rentra mais toujours aucune nouvelle d’Abdullah.

Plus tard, Barakah - qu’Allah l’agrée - se trouva chez `Abd Al-Muttalib lorsque la nouvelle du décès d’Abdullah vint de Yathrib. Elle raconte : "Quand j’entendis la nouvelle, je me mis à hurler. Je ne sais pas ce que je fis après cela à part courir chez Amina et me lamenter sur le sort de l’absent qui ne rentrerait plus jamais, me lamenter sur le bien-aimé que nous attendîmes si longtemps, sur le plus beau jeune homme de la Mecque, sur Abdullah, la fierté des Quraysh. "

" Quand Amina entendit la douloureuse nouvelle, elle s’évanouit et je demeurai à son chevet tandis qu’elle oscilla entre la vie et la mort. Il n’y avait personne d’autre que moi dans la maison d’Amina. Je la soignais et veillais sur elle de jour comme de nuit jusqu’à qu’elle donne naissance à son enfant, " Muhammad ", - que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui - , une nuit où les cieux resplendirent de la Lumière de Dieu. "

Lorsque Muhammad - que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui - naquit, Barakah- que Dieu l’agrée - fut la première à le tenir dans ses bras. Son grand-père vint et l’emmena à la Ka`bah. La Mecque toute entière célébra sa naissance.

Barakah - qu’Allah l’agrée - demeura auprès d’Amina tandis que Muhammad - sur lui la grâce et la paix - fut envoyé à la campagne, sous l’atmosphère vivifiante du désert, confié aux bons soins de la dame Halimah. Au bout de cinq ans révolus, il fut ramené à la Mecque et sa mère le reçut avec tendresse et amour. Barakah - qu’Allah l’agrée - l’accueillit avec une grande joie, une impatience comblée et beaucoup d’admiration.

Lorsque Muhammad - sur lui la grâce et la paix - eut atteint 6 ans, sa mère décida de se rendre sur la tombe de son mari, Abdullah, à Yathrib. A la fois Barakah - qu’Allah l’agrée - et Abd-al-Muttalib tentèrent de l’en dissuader. Toutefois Amina était déterminée. Un matin, ils se mirent en route - Amina, Baraka h- qu’Allah l’agrée - et Muhammad - sur lui la grâce et la paix - , tous trois installés sur un palanquin monté sur un grand chameau faisant partie d’une imposante caravane en partance pour la Syrie. Afin de protéger le tendre enfant de toute tristesse et de toute inquiétude, Amina dissimula à Muhammad - sur lui la grâce et la paix - le fait qu’ils faisaient ce voyage pour voir la tombe de son père Abdullah.

La caravane se déplaça à vive allure. Barakah - qu’Allah l’agrée - tenta de consoler Amina dans l’intérêt de son fils. La plupart du temps durant le voyage, l’enfant dormait avec ses bras autour du cou de Barakah.

La caravane mit dix jours à atteindre Yathrib. Le jeune Muhammad - sur lui la grâce et la paix - fut confié à ses oncles maternels du clan des Banu Najjar le temps qu’Amina puisse se rendre sur la tombe d’Abdullah. Chaque jour durant quelques semaines, elle se recueillit ainsi sur la tombe de son défunt mari. Elle était inconsolable, consumée de tristesse.

Sur le chemin de retour vers la Mecque, Amina tomba sérieusement malade. A mi-chemin entre Yathrib et la Mecque, à un endroit appelé Al-Abwa, ils s’arrêtèrent. La santé d’Amina se détériora rapidement. Une nuit très sombre, une très forte fièvre la gagna. Elle appela Barakah d’une voix étouffée.

Barakah - qu’Allah l’agrée - raconte : " Elle murmura à mon oreille : ’ Ô Barakah, je vais bientôt quitter ce monde. Je te confie mon fils Muhammad. Il a perdu son père alors qu’il était encore dans mon ventre. Le voici qui perd sa mère sous ses propres yeux. Sois une mère pour lui, Barakah, et ne le quitte jamais.

" Mon cœur se brisa à ces mots et je ne pus contenir mes sanglots et mes gémissements. L’enfant fut affligé par mes cris et se mit à pleurer. Il se jeta dans les bras de sa mère et se cramponna à son cou. Elle rendit son dernier soupir puis fut silencieuse à jamais. "

Barakah- qu’Allah l’agrée - pleura. Elle pleura amèrement. Elle creusa de ses propres mains une tombe dans le sable. Elle y enterra Amina et la mouilla de toutes les larmes que son cœur pouvait encore contenir.

Barakah retourna à la Mecque avec l’enfant désormais orphelin et le plaça sous la protection de son grand-père. Elle demeura à ses côtés dans cette demeure afin de s’occuper de lui. Lorsque `Abd Al-Muttalib mourut deux ans plus tard, elle se rendit avec l’enfant à la maison de son oncle Abû Tâlib et continua à veiller au moindre de ses besoins jusqu’à qu’il atteigne l’âge adulte et qu’il épouse la dame Khadîjah - qu’Allah l’agrée.

Barakah demeura ensuite avec Muhammad - sur lui la grâce et la paix - et Khadîjah - qu’Allah l’agrée - dans une maison appartenant à Khadîjah. " Je ne l’ai jamais quitté et il ne m’a jamais quittée, " a-t-elle dit.

Un jour, Muhammad - que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - l’appela ainsi : " Ya Ummah ! " (il l’appelait toujours ’Mère’). " Je suis maintenant un homme marié et tu es toujours célibataire. Que dirais-tu d’une personne qui viendrait te demander en mariage ? " Barakah regarda Muhammad et lui dit : " Je ne te quitterai jamais. Est-ce qu’une mère abandonne son enfant ? " Muhammad sourit et embrassa sa tête. Il regarda sa femme Khadija et lui dit : " C’est Barakah. C’est ma mère après ma véritable mère. Elle est tout ce qui reste de ma famille. "

Barakah regarda la dame Khadija qui lui dit : "Barakah, tu as sacrifié ta jeunesse pour le bonheur de Muhammad. Maintenant il veut rembourser une partie de la dette qu’il a envers toi. Pour moi et pour lui, accepte de te marier avant que tu ne sois trop âgée. "

" Qui dois-je épouser, ma Dame ? " demanda Barakah.
" Ubayd ibn Zayd de la tribu de Khadraj de Yathrib. Il est venu pour demander ta main. Je t’en prie, ne refuse pas. "

Barakah - qu’Allah l’agrée - accepta. Elle épousa Ubayd ibn Zayd et alla avec lui à Yathrib. Là elle donna naissance à un fils qu’elle appela Ayman et depuis lors les gens l’appelèrent " Umm Ayman " (la mère de Ayman).

Son mariage toutefois ne dura pas très longtemps. Son mari mourut et elle retourna à nouveau à la Mecque pour vivre avec son ’fils’ Muhammad dans la maison de la dame Khadija. A cette époque vivaient sous ce même toit Ali Ibn Abî Tâlib, Hind (la fille de Khadija de son premier mariage), et Zayd ibn Harithah - qu’Allah les agrée.

Zayd - qu’Allah l’agrée - était un arabe de la tribu de Kalb qui fut capturé étant enfant et amené à la Mecque pour être vendu au marché d’esclaves. Il fut acheté par le neveu de Khadîjah et mis au service de celle-ci. Dans le foyer de Khadîjah, le jeune homme s’attacha à Muhammad - sur lui la grâce et la paix - et se mit à son service. Leur relation était semblable à une relation père fils. A tel point que lorsque le père de Zayd vint à la Mecque à sa recherche, Zayd eut le choix donné par Muhammad - sur lui la grâce et la paix - entre suivre son père ou rester avec lui. La réponse de Zayd à son père fut la suivante :

" Je ne quitterai jamais cet homme. Il m’a traité avec noblesse, comme un père traiterait son fils. Pas un seul jour, je me suis senti esclave. Il s’est bien occupé de moi. Il est gentil et aimable avec moi. Il fait tout ce qui est en son pouvoir pour me rendre heureux. Il est le plus noble des hommes et la meilleure des créatures. Comment pourrais-je le quitter et partir avec toi ? ... Je ne le quitterai jamais. "

Plus tard, en public, Muhammad - sur lui la grâce et la paix - proclama la liberté de Zayd - qu’Allah l’agrée. Toutefois , Zayd continua de vivre avec lui comme un membre de son foyer et resta à son service.

Quand Muhammad - sur lui la grâce et la paix - fut béni par la mission Propétique, Barakah et Zayd - qu’Allah les agrée - furent parmi les premiers à croire au message qu’il proclamait. Ils subirent avec les premiers musulmans la persécution que leur infligèrent les Quraysh.

Barakah et Zayd rendirent de précieux services à la mission du Prophète. Ils agirent à la manière d’un service secret s’exposant à la punition et à la persécution des Qurayshites, risquant leurs vies pour obtenir des informations sur les plans et les conspirations des mécréants.

Une nuit, les mécréants bloquèrent les routes conduisant à la maison d’Al-Arqam où le Prophète - sur lui la grâce et la paix - rassemblait ses Compagnons régulièrement pour leur apprendre les enseignements de l’Islam. Barakah fut chargée de transmettre au Prophète une information urgente de la part de Khadija. Elle risqua sa vie en essayant d’atteindre la maison d’Al-Arqam. Lorsqu’elle arriva et transmit le message au prophète, il sourit et lui dit : " Tu es bénie, Umm Ayman. Sûrement tu as une place au Paradis. " Une fois Umm Ayman partie, le Prophète regarda ses Compagnons et demanda : " Si quelqu’un parmi vous désire épouser une femme des gens du paradis, qu’il épouse Umm Ayman. "

Tous les Compagnons demeurèrent silencieux et ne dirent mot. Umm Ayman n’était ni belle ni attirante. Elle avait à l’époque environ cinquante ans et paraissait plutôt fragile. Zayd ibn al-Harithah - qu’Allah l’agrée - s’avança cependant et dit : " Messager de Dieu, je me marierai avec Umm Ayman. Par Dieu, elle est mieux qu’une femme gracieuse et belle. "

Zayd et Umm Ayman se marièrent et furent bénis par la naissance d’un fils qu’ils nommèrent Usâma. Le Prophète - que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - aimait Usâma comme son propre fils. Il jouait souvent avec lui, l’embrassait et le nourrissait lui-même. Les musulmans disaient : " Il est le fils bien-aimé du bien-aimé". Dès le plus jeune âge, Usâma - qu’Allah l’agrée - se distingua au service de l’Islam et plus tard le Prophète lui confia de lourdes responsabilités.

Lorsque le Prophète émigra vers Yathrib, qui serait connue plus tard sous le nom de Médine, il laissa Umm Ayman à La Mecque pour s’occuper de certaines de ses affaires en son foyer. Finalement, elle émigra vers Médine par ses propres moyens. Elle fit le long et pénible voyage à travers le désert et le terrain montagneux à pied. La chaleur était accablante et les tempêtes de sable lui cachaient la route mais elle persista, portée par son amour profond et son attachement pour le Prophète - que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui. Lorsqu’elle arriva à Médine, ses pieds étaient endoloris et enflés et son visage était couvert de sable et de poussière.

" Ya Umm Ayman ! Ya Ummi ! ( O Umm Ayman ! O ma mère ! ) Il y a pour toi une place au Paradis ! " s’exclama le Prophète lorsqu’il la vit. Il essuya son visage et ses yeux, lui massa les pieds et lui frictionna les épaules de ses douces mains.

A Médine, Umm Ayman - qu’Allah l’agrée - joua un rôle prépondérant dans les affaires des musulmans. A Uhud, elle distribua de l’eau aux assoiffés et s’occupa des blessés. Elle accompagna le Prophète - sur lui la grâce et la paix - à certaines expéditions, à Khaybar et Hunayn par exemple.

Son fils Ayman - qu’Allah l’agrée - un Compagnon dévoué du Prophète tomba martyr à Hunayn dans la huitième année après l’hégire. Le mari de Barakah, Zayd, fut tué à la batailla de Mu’tah en Syrie après une vie de bons et loyaux services rendus au Prophète et à l’Islam. Barakah à cette époque avait environ soixante-dix ans et demeurait la plupart du temps chez elle. Le Prophète - sur lui la grâce et la paix - accompagné d’Abû Bakr et `Umar - qu’Allah les agrée - lui rendait souvent visite et lui demandait : " Yâ Ummi ! (Ô Mère !) Vas-tu bien ? " et elle lui répondait : " Je vais bien, Ô Messager de Dieu aussi longtemps que l’Islam se porte bien. "


Après que le Prophète - que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui - mourut, on vit souvent Barakah - qu’Allah l’agrée - les yeux en larmes. On lui demanda un jour : "Pourquoi pleures-tu ?". Elle répondit : "Par Dieu, je savais que le Messager de Dieu mourrait un jour mais je pleure maintenant parce qu’il a été mis un terme à la Révélation. "

Barakah - qu’Allah l’agrée - était unique dans le sens où elle fut la seule à être aussi proche du Prophète tout au long de sa vie, de sa naissance à sa mort. Sa vie fut entièrement consacrée au service du foyer du Prophète. Elle demeura profondément attachée à la personne du noble, gentil et attentionné Prophète - sur lui la grâce et la paix. Par dessus tout, sa dévotion à l’Islam fut forte et inébranlable.

Elle mourut durant le Califat de `Uthman, qu’Allah l’agrée. Ses racines étaient inconnues mais sa place au Paradis, elle, est assurée.
Par La Perle Protégée
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